n°30: Archéologie des Nouvelles-Hébrides

José Garanger. Paris, 1972, Prix: 160 F; 24,39
          
Une étude où les fouilles les plus austères présentées de la manière la plus minutieusement scientifique exécutées par l'auteur dans les îles du Centre des Nouvelles-Hébrides, Efate, Makura, les Sheperd, vont de pair avec la surprenante découverte d'une sépulture vieille d'un demi-millénaire d'un chef inhumé au milieu de ses épouses et celles aussi d'un héros local entouré de trente-trois victimes humaine: le tout obtenu grâce à une connaissance intelligente des mythes locaux dont ces découvertes attestent la valeur pour l'ethnographe qui sait les entendre.


PREFACE

    Devant l'extension écrasante de la civilisation et l'anéantissement des cultures traditionnelles, l'archéologie reste l'un des derniers champs de l'aventure ethnologique. Pratiquer au bout du monde une fouille qui s'apparente plutôt à de la dissection qu'à du terrassement, dégager finement et respectueusement sur de larges surfaces les traces fugaces de l'installation d'une habitation dont les occupants sont morts depuis des siècles, explorer au grattoir fin le pavement d'un lieu sacré pour retrouver les indices de son époque et de sa fonction, se situe, par rapport à une fouille de récupération stratigraphique, même correcte, dans les mêmes termes que la chasse cinématographique en face du meurtre (fût-il propre et expéditif) de l'éléphant. La comparaison est moins incongrue qu'il ne paraît de prime abord car tuer pour rapporter de l'ivoire et filmer pour emmagasiner de la vie sont deux attitudes qui ont leur exacte réplique en archéologie. Trop souvent, cette dernière est balancée entre les extrêmes de la quête brutale des dépouilles et les paysages arides des statistiques stratigraphiques. Il y a pourtant toujours eu place pour une pratique archéologique plus humaine, qui cherche dans le mort une image de ce que fût le vivant et qui ne lèse en rien les droits à la protection des beaux objets et ceux non moins légitimes de la stratigraphie. Les points de vue sont parfaitement conciliables, mais pour qu'il y ait conciliation et qu'on puisse tirer d'une fouille tout ce qu'elle contient d'information "vivante", il est nécessaire que la fouille ethnologique passe la première car le sol une fois remué, il ne reste que de menus tessons, des bracelets de coquillages, ou quelques haches polies: rien ne survit de ce qui donnait souffle et présence aux hommes disparus. L'archéologie océanienne est un domaine très riche et sur lequel, depuis un demi-siècle, de nombreux travaux ont été écrits. Comme l'archéologie des Esquimaux, elle côtoie l'histoire. La plupart des Océaniens, encore totalement inconnus à la fin du XVIIème siècle, sont, pour nous, brusquement passés de la préhistoire à l'histoire et les fouilles ont à remonter toute la filière depuis hier jusqu'au fond d'un passé que les recherches situent d'années en années plus loin. Mais c'est sans doute là une vue européo-centriste : la tradition orale, en milieu humain sans écriture, fait l'objet de soins particuliers car, très souvent, le mythe est à la fois cadastre et généalogie, c'est-à-dire que la survie sociale, individuelle et collective, est liée à sa conservation. Depuis près de deux siècles, de nombreux mythes et récits, mélanésiens ou polynésiens, ont été enregistrés par les soins des ethnologues et des linguistes et leur étude a donné lieu à une abondante floraison de théories historiques. Mais il n'est pas souvent arrivé, dans la pratique archéologique, que parti d'un récit et en collaboration avec les descendants d'un héros mythique, l'archéologue mette au jour la sépulture vieille d'un demi-millénaire de ce héros et de ses épouses, dans la position et avec les parures dont le détail était resté fixé dans la mémoire collective. Plus rarement encore est-il arrivé à l'archéologue de réitérer avec succès une telle opération et d'aboutir à la découverte d'un autre héros, inhumé avec trente-trois victimes humaines. Quoiqu'on puisse penser, la connaissance du passé ne repose pas sur des fouilles hâtives et même si l'archéologue est envoyé à grands frais sur l'autre face du globe, la dissection méticuleuse de larges ensembles est une opération scientifiquement rentable. On frémit en pensant que l'archéologue aurait pu se satisfaire de quelques sondages pour établir la chronologie à partir des tessons ou d'une fouille de mercenaires avec récupération des beaux objets. Que la chronologie et l'analyse des objets non seulement n'aient pas subi de préjudice par rapport à l'ethnologie, mais qu'ils en aient largement bénéficié, est attesté par le contenu des chapitres consacrés à la typologie. La dernière image de terrain enregistrée, les colliers, les herminettes, la céramique, sont prêts à suivre la filière de l'observation et de la statistique. Il est difficile d'en donner meilleure démonstration que dans ce travail. André LEROI-GOURHAN, professeur au Collège de France.

INTRODUCTION

    1-1 JUSTIFICATION ET HISTORIQUE DES RECHERCHES ENTREPRISES

1-1-1 : LA PRÉHISTOIRE OCÉANIENNE. La Préhistoire océanienne est une science récente et qui ne prit son véritable essor qu'après la seconde guerre mondiale. Avant 1945 sans doute, et plus précisément depuis les années vingt de ce siècle, de nombreux travaux furent publiés mais qui ne concernaient que la description des structures lithiques repérables en surface : travaux de Linton aux îles Marquises en 1920, de K. P. Emory aux îles de la Société et dans les archipels voisins à partir de 1925, de Mac Kern aux îles Tonga (McKERN : 1929), de Métraux et Lavachery à l'île de Pâques en 1934, pour ne citer que les principaux. Les chercheurs étudiaient la typologie des herminettes recueillies en surface car cet outil apparaissait déjà comme l'un des fossiles directeurs les plus importants pour la compréhension du passé océanien. L'intérêt se portait alors sur les différentes cultures de l'aire océanienne, divisée en Mélanésie, Micronésie et Polynésie. Il importait de préciser les caractères raciaux, linguistiques et socio-religieux des populations de chacune de ces régions et de faire l'inventaire précis des témoins de leur culture matérielle. Des vagues de migrations successives vers l'est, d'inégales extensions mais toujours sans retour, pouvaient seules expliquer, en effet, l'apparente simplicité des mondes mélanésiens et micronésiens et l'évidente diversité du monde polynésien. Cependant, la civilisation polynésienne, prise dans son ensemble, était considérée comme un phénomène récent et qui n'avait pu laisser de trace dans les profondeurs du sol. Les diversités remarquées dans chaque archipel n'étaient pas le résultat d'une évolution interne mais la conséquence de l'éloignement plus ou moins grand, dans le temps et dans l'espace, du foyer colonisateur principal et des foyers secondaires de colonisation. Il apparaissait donc vain d'aller chercher à grand'peine dans le sol ce que l'on pouvait aisément recueillir en surface et plus urgent de sauver ces témoins superficiels; plus urgent, également, de recueillir les traditions orales qui aideraient à comprendre le cheminement des hommes à la conquête des îles du Pacifique. L'origine de ces populations qui, pour la première fois dans l'histoire de l'humanité, osèrent ne plus considérer l'océan comme un obstacle infranchissable restait, et reste, un problème. Celui-ci poussa les esprits les plus inventifs à imaginer sa solution avec une surprenante audace, parfois, et en ne se fondant que sur les rares résultats déjà acquis. Peu à peu, les travaux des anthropologues, des linguistes et des ethnologues, l'abondance et la complexité des traditions recueillies et l'affinement de la typologie comparée des outillages lithiques, soulevèrent plus de problèmes qu'ils n'apportèrent de solutions. Les frontières, anciennement précisées entre la Mélanésie, la Micronésie et la Polynésie, apparurent pour le moins arbitraires. Les grandes synthèses aventureuses furent négligées ou du moins réduites à de simples hypothèses de travail. C'est dans l'île sud de la Nouvelle-Zélande que furent entreprises les premières fouilles archéologiques et ceci, dès 1920 et grâce à l'initiative de H. D. Skinner, Roger Duff, poursuivant un travail analogue dans l'île du nord, put démontrer l'intérêt d'une démarche proprement archéologique qui permettrait un contrôle objectif et réciproque des données de la tradition et de l'interprétation des documents décelés dans le sol (Roger DUFF 1950/1956, p. 21 et 282-285). La publication de ces travaux engagea les chercheurs dans une voie nouvelle celle de l'archéologie préhistorique, comprise comme une discipline autonome mais qui ne devait pas, pour autant, négliger les ressources de l'ethno-histoire dans la recherche du passé océanien. Cette dernière tendance, trop défiante des traditions, apparaissait déjà dans le Pacifique occidental où l'on estimait plus prudent de ne se fier qu'à la stratigraphie, à la typologie comparée et à la toute nouvelle méthode de datation absolue par le carbone 14. En 1950, K. P. Emory entreprenait l'étude de plusieurs abris sous roche situés à la pointe sud-est de Oahu (K. P. EmORY et Y. H. SINOTO : 1961). Ces sites hawaïens confirmaient les découvertes effectuées en NouvelleZélande, c'est-à-dire la possibilité d'une stratification de plusieurs niveaux culturels dans les îles océaniennes. Ils permirent en outre l'étude typologique d'un nouveau fossile directeur : l'hameçon océanien (K. P. EmoRy, W. J. BONK, Y. H. SINOTO : 1959, Y. H. SINOTO : 1962). La synthèse des différentes recherches effectuées dans le Pacifique, sud de 1947 à 1958, fut écrite par Jack Golson (J. GOLSON : 1959), il serait inutile d'en refaire ici l'exposé. Remarquons seulement que, en dehors des îles Hawaï et de la Nouvelle-Zélande, les chercheurs portèrent leurs efforts sur l'étude de cinq régions différentes : 1 . La Mélanésie orientale : Fidji (E. W. GIFFORD : 195 1) et Nouvelle-Calédonie (E. W. GIFFORD et D. SHUTLER Jr. : 1956); 2. La Micronésie : cette région n'était plus considérée comme la seule voie des migrations polynésiennes, hypothèse que Peter Buck avait développée dans son ouvrage " Vikings of the sunrise " (1938), publié en français en 1952 (P. BUCK : 1952), mais comme l'une de leurs voies possibles et qui pourrait expliquer, en particulier, la présence de l'herminette à épaulement en Polynésie orientale et son absence de la Polynésie occidentale comme de la Mélanésie. Alexander Spoehr conduisit ses recherches aux îles Mariannes en 1949 et 1950 (A. SPOEliR : 1957), Douglas Osborne aux îles Palaos en 1954 (D. OsBORNE : 1962 et 1966), E. W. Gifford à Yap en 1956 (E. W. GIFFORD : 1959); 3. La Polynésie occidentale, en 1957, avec les travaux de Jack Golson aux îles Tonga, de J. Golson et de W. R. Ambrose aux îles Samoa (J. GOLSON: 1957 et 1961: p. 172-176) où, pour la première fois, des tessons de poterie furent mis au jour; 4. Les îles Marquises où la mission norvégienne, dirigée par Thor Heyerdahl, travailla quelque temps à Hivaoa et à Nuku-Hiva (T. HEYERDAIIL et E. N, FERDON: 1965) et dont l'étude la plus remarquée fut celle qu'en fit Robert C. Suggs en 1957 (R. C. SUGGS : 1961); 5. L'île de Pâques, enfin, étudiée par l'équipe de Thor Heyerdahl (T. HEYERDAHL et E. N. FERDON : 1961). A la veille du Xème congrès des sciences du Pacifique, la nécessité était apparue de coordonner les efforts, jusqu'ici dispersés, des différents centres de recherche oeuvrant dans le Pacifique et de définir les zones à étudier en priorité pour une meilleure compréhension des processus de peuplement du Pacifique sud. L'étude coopérative des archipels marginaux de la Polynésie orientale : " Les trois sommets du triangle polynésien ", n'était pas des plus urgentes. Les îles Hawaï et la Nouvelle-Zélande, riches de chercheurs et de laboratoires, pouvaient, sans un concours extérieur, assurer seules le développement de leur préhistoire déjà fort clarifiée. La courageuse épopée de Thor Heyerdahl et les travaux qu'il venait d'effectuer avec son équipe à l'île de Pâques, avaient ranimé un débat vieux de plus d'un demi-siècle. Les séquences culturelles de l'île avaient été précisées en se fondant principalement sur l'analyse des structures religieuses : les ahu. L'origine péruvienne de la civilisation pascuanne n'avait pas été démontrée et encore moins, par conséquent, l'origine amérindienne des populations polynésiennes. Ces recherches eurent le mérite d'attirer, à nouveau, l'attention sur les contacts probables des anciennes populations de la Polynésie extrême-orientale et de la côte sud-ouest de l'Amérique. Il paraissait cependant plus urgent de poursuivre l'étude des îles Marquises, généralement reconnues comme le pays d'origine des Pascuans (cf. : Alfred MÉTRAUX : 194 1, p. 180-18 1) et plus proches des îles de la Société, encore considérées comme le premier foyer de la colonisation du Pacifique oriental. La Micronésie est un monde trop immense pour qu'on pût espérer animer rapidement le désert archéologique qui sépare encore la Micronésie occidentale de la Polynésie. La connaissance de ces régions est certes indispensable pour préciser l'influence éventuelle des populations côtières de l'Asie tropicale et tempérée sur celles de la Polynésie : on ne pouvait cependant envisager, pour un avenir immédiat, que la poursuite des travaux entrepris en Micronésie occidentale (ce que fit Fred M. Reinman à Guam), une première approche des îles équatoriales : travaux de R. V. Lampert aux îles Gilbert et de J. M. Davidson aux îles Carolines et l'étude archéologique des îlots polynésiens isolés en Micronésie, ainsi celle de Nukuoro par J. M. Davidson (4). Plusieurs programmes de recherches furent proposés au Xème congrès des sciences du Pacifique, l'accord fut cependant unanime sur le choix du Pacifique sud-occidental et de la Polynésie centrale comme zones vers lesquelles devaient tendre, en priorité, les efforts communs de tous les archéologues. Le choix des îles de la Société avait déjà été proposé par K. P. Emory (1953, p. 754) et par J. Goison (1959, p. 47). Les traditions désignent en effet cet archipel comme l'Hawa'i des Hawaïens, des Maoris de NouvelleZélande et de bon nombre de Polynésiens orientaux. Aucune fouille scientifique n'y avait été effectuée avant l'arrivée de l'expédition du Bishop Museum en avril 1960. Il importait d'en découvrir les différents niveaux culturels, de définir, en particulier, les caractères d'une éventuelle culture proto-tahitienne et de préciser ses rapports avec, d'une part, les anciens niveaux à affinités mélanésiennes découverts par R. C. Suggs à Nuku-Hiva (1961, p. 180-181) et d'autre part, ce que l'on savait déjà des anciennes cultures de la Polynésie occidentale. Trois missions archéologiques ont pris ces recherches pour tâche : K. P. Emory et Y. H. Sinoto (B. P. Bishop Museum), assistés de Marimari Kellum et de Pierre Vérin de l'Office de la Recherche Scientifique et Technique Outre-Mer; Roger Green (American Museum of Natural History et Harvard University), assisté de C. K. Green, de R. A. Rappaport et de A. Rappaport (Université de Columbia), puis de J. M. Davidson de l'Université d'Auckland ; mission conjointe du Centre National de la Recherche Scientifique et de l'O.R.S.T.O.M. (J. GARANGER: 1964 et 1967). Les résultats de ces différentes recherches nous offrent une vision assez claire de la dernière période de la préhistoire tahitienne ou " époque des marae ". Un niveau culturel plus ancien fut découvert à Maupiti mais, malgré leurs efforts, aucun archéologue ne put mettre au jour les traces d'une culture " pré-Maupiti " ou " proto-tahitienne ". A la suite de leur découverte du site de Maupiti et des résultats obtenus dans les autres archipels de la Polynésie orientale, K. P. Emory et Y. H. Sinoto (1964 a et 1964 b), estimèrent que les îles Marquises avaient été le premier foyer de peuplement du Pacifique sud-oriental, les îles de la Société, colonisées par des Marquisiens, perdant ainsi le rôle primordial qu'on leur attribuait jadis (7). Les étapes successives de ce peuplement auraient été les suivantes : a) vers l'année 100 avant J.-C., arrivée aux îles Marquises de gens partis de la Polynésie occidentale; b) vers 200 après J.-C., des Marquisiens colonisent les îles de la Société, puis c) l'île de Pâques, vers l'année 500 de notre ère, puis, vers 750 : d) les îles Hawaï où l'outillage et les ornements corporels les plus archaïques sont semblables à ceux, contemporains, des îles Marquises; e) aux environs de l'an 900, des Tahitiens gagnent la Nouvelle-Zélande puis; f) les îles Hawaï vers les années 1250. A la suite des fouilles effectuées par Y. H. Sinoto à Nuku-Hiva et à Hua-Huka, K. P. Emory et Y. H. Sinoto furent conduits à modifier le précédent schéma. La présence, dans les sites marquisiens et néozélandais, de perles d'os ou d'ivoire en forme de bobines transversalement cannelées (14), de têtes de harpons et d'aiguilles à tatouage, et leur absence des îles de la Société, laissaient penser que des Marquisiens étaient allés s'installer en Nouvelle-Zélande postérieurement à la migration des Tahitiens. Ces deux auteurs se sont ensuite demandé si cet ordre ne devait pas être inversé et même, si la migration tahitienne avait bien existé. Ces théories migratoires ne sont que des hypothèses de travail. La non-découverte d'une culture " préMaupiti " aux îles de la Société ne signifie pas nécessairement son absence. La distance est bien grande entre la Nouvelle-Zélande et les îles Marquises, et la possibilité d'une migration directe de celles-ci vers celle-là reste douteuse, plus improbable encore est l'hypothèse de plusieurs migrations. On imaginerait plus aisément qu'une culture, apparue dans un archipel intermédiaire, ait influencé aussi bien les îles Marquises que la Nouvelle-Zélande (L. M. GROUBE : 1968, p. 146-147). Les îles de la Société apparaissent donc bien encore comme l'un des archipels de la Polynésie orientale qu'il importe d'étudier et où les archéologues doivent renouveler leurs efforts. Enfin, des études récentes viennent de ressortir de l'ombre l'ancien problème d'un éventuel apport mélanésien, ou du moins mélano-polynésien, dans les anciennes cultures néo-zélandaises (l. W. KEYES: 1967). Ceci, d'une part, permettrait d'expliquer la présence d'éléments ouest-pacifique dans ces niveaux archaïques, sans avoir besoin de faire appel à une migration marquisienne. Ceci, d'autre part, justifie, à posteriori, le choix par les congressistes d'Honolulu, du Pacifique sud-occidental comme une deuxième région dont l'étude archéologique était des plus urgentes. La découverte, aux îles Marquises, de niveaux culturels à affinités mélanésiennes (ou samoanes) : herminettes, kapkap, céramique, démontrait la nécessité de préciser la préhistoire de la Polynésie occidentale et de la Mélanésie orientale. Les archéologues avaient décelé, dans ces régions, d'importants courants d'échanges culturels. C'est ainsi que la poterie dite du type " Lapita-Watom ", déjà connue à l'ïle des Pins, au sud de la Nouvelle-Calédonie (LENORAND : 1948; AVIAS : 1950), au nord de la Nouvelle-Bretagne, à Watom. (O. MEYER : 1909), et aux îles Tonga (McKERN : 1929, p. 115-159), avait été mise au jour sur la côte sud-occidentale de Viti Levu (Fidji), en 1947 (GIFFORD : 1951), et, en 1952, sur la côte sud-ouest de la Nouvelle Calédonie, au site éponyme de Lapira : GIFFORD et SHUTLER : 1956, pages 7 et 75 (15). Les linguistes, en cherchant à démêler la complexité des langues océaniennes, avaient depuis longtemps distingué les langues austronésiennes (ou malayo-polynésiennes) d'origine asiatique, des langues papoues (ou non-austronésiennes), plus anciennes en Océanie. Quelles que soient les théories linguistiques qui considèrent le proto-polynésien comme une langue austronésienne, issue des langues de la Mélanésie insulaire, influencées ou non, par les langues papoues, ou comme une langue directement dérivée de l'austronésien asiatique, ou comme une langue proto-est-austronésienne, influencée, très tôt par le proto-indonésien et postérieurement, ou jamais, par les langues de la Mélanésie insulaire, tous les auteurs s'accordent pour chercher l'origine des langues est-polynésiennes dans le Pacifique sud-occidental. Les ethnologues étaient aussi de cet avis, qui avaient, depuis longtemps, souligné l'importance des échanges culturels entre la Mélanésie orientale et la Polynésie occidentale et ce, pendant les derniers siècles de la préhistoire océanienne et plus particulièrement au temps de l'expansion de l'empire des Tui Tonga (Jean GUIART: 1963 a, p. 661-662). Ils en étaient venus à cette pensée que " ce qui devait être l'ethnie polynésienne s'est constitué quelque part dans cet ensemble avant de pousser au-delà de Samoa... " (J. GulART : 1963b, p. 25). Il appartenait aux archéologues de retrouver, dans le sol, les témoins de ces anciennes migrations, de ces anciennes influences ou échanges culturels qui contribuèrent à l'élaboration des civilisations océaniennes telles qu'elles apparaissaient à l'arrivée des Européens. Les résultats précédemment obtenus, et déjà cités, ne permettaient pas d'obtenir des corrélations suffisamment nombreuses et certaines entre les différentes zones de cette région " mélano-polynésienne " du Pacifique sud-occidental. Depuis 1961, des prospections et des fouilles ont été effectuées aux îles Samoa (cf. GREEN : 1964a et 1964b; DAVIDSON : 1964; GREEN and J. DAVIDSON : 1969; EMORY et SINOTO : 1965, p. 40-48; SCOTT : 1965 et 1968; BUIST : 1966; TERRELL : 1966). Des tessons d'une poterie non décorée furent à nouveau mis au jour dans les niveaux les plus profonds, datés du 1er siècle de notre ère (GREEN et DAVIDSON : 1965). Les herminettes recueillies sont de types variés mais l'ensemble est très comparable au mobilier des plus anciens niveaux marquisiens (EMORY : 1968, p. 157 et 160), bien plus que ne le sont les herminettes tongiennes (GREEN : 1968, p. 103), ce qui paraît confirmer l'hypothèse d'une origine samoane des premiers colonisateurs de la Polynésie orientale. Les travaux de J. M. Davidson, aux îles Tonga, ont révélé des différences notables entre les sites tongiens et samoans qu'elle a observés : fortifications, tertres funéraires ou d'habitat, anciens villages. Elle conclut, provisoirement, à une relative continuité de la civilisation samoane et, elle aussi, à une évidente parente de cette civilisation avec celle, archaïque, de la Polynésie orientale. Les plus anciennes cultures tongiennes seraient, au contraire, fort comparables à celles de la Mélanésie orientale (cf. J. M. DAVIDSON 1964 et 1965). En 1963 et 1964, Jens Poulsen a fouillé plusieurs sites de la plus grande île des Tonga : Tongatabu (J. POULSEN : 1966, 1967 et 1968). La poterie de type " Lapita-Watom " mise au jour aux différents niveaux est la seule qui semble jamais avoir existé aux Tonga, elle y est présente dès le cinquième siècle de notre ère: J. Poulsen, opus cité, 1966, p. 89. Les travaux effectués aux îles Fidji ont confirmé l'hypothèse de J. Golson selon laquelle la Nouvelle-Calédonie, les îles Samoa et Tonga faisaient partie d'une même communauté culturelle, antérieure aux cultures mélanésiennes et ouest-polynésiennes des derniers siècles qui ont précédé l'arrivée des Européens: J. GOLSON : 1962, p. 176. R. Green, en réexaminant les séquences fidjiennes telles qu'elles avaient été définies par Gifford : E. W. GIFFORD : 1951, précisa une chronologie de la préhistoire des Fidji (R. GREEN : 1963 et 1964 b), qui fut confirmée par les fouilles de J. Golson et de B. Palmer à Karabo (B. PALMER : 1965), de BIRKS (1966) et de B. Palmer à Sigatoka (B. PALMER : 1965 et 1968), de Colin Smart à Kabara, îles Lau (C. SMART : 1965a et b) et de B. Palmer à Wakaya (B. PALMER : 1967). La poterie du type " Lapita-Watom ", considérée comme proto-polynésienne, fut mise au jour dans les niveaux profonds de plusieurs sites, l'un fut daté de 1290 + ou - 100 avant J.-C., (J. GOLSON : 1967, p. 5). Cette phase culturelle appelée par R. Green " phase de Sigatoka ", se poursuit jusque vers les années 250 avant J.-C. Elle est suivie de quatre autres périodes caractérisées par l'abandon du type " Lapita-Watom " et l'apparition de nouveaux types de poterie et d'outillage. La poterie décorée d'incisions et de reliefs appliqués, connue au sud de la Nouvelle-Calédonie depuis les premiers siècles de notre ère jusqu'à la période européenne, n'apparaîtrait que vers 1150 aux Fidji (R. GREEN : 1968, fig. 1). Au nord de la Mélanésie insulaire, dans les sites éponymes de Watom, les fouilles non encore publiées de Jim. Specht ont permis de situer stratigraphiquement la poterie " Lapita-Watom " et de dater les plus profonds niveaux de 500 avant J.-C. (J. GOLSON : 1968, p. 9-10 et 12). 1-1-2 : LES NOUVELLES HÉBRIDES ET LA PRÉHISTOIRE OCÉANIENNE Les travaux que nous venons de signaler ont pour résultat de nous éclairer singulièrement sur la préhistoire de l'Océanie. Entre les îles Salomon cependant, la Nouvelle-Calédonie et l'ensemble Fidji-Samoa-Tonga, un archipel restait vierge de toute fouille archéologique : les Nouvelles-Hébrides. Les anciens voyageurs, les missionnaires, les premiers ethnologues avaient depuis longtemps souligné combien l'aspect physique des hommes variait d'un point à un autre de cet archipel et même à l'intérieur de chacune de ses îles principales. Cette variété n'était pas moins frappante entre les langues, les modalités de l'organisation sociale et des systèmes de parenté, les habitudes technologiques. Cet ensemble est à ce point complexe et nuancé qu'il ne peut être résolu en éléments bien distincts. L'explication d'une si grande diversité dans un archipel relativement peu étendu fut souvent cherchée dans d'hypothétiques vagues de migrations qui auraient eu pour résultat une lente juxtaposition, ou superposition, d'ensembles culturels, hétérogènes et statiques. De telles constructions schématiques ne pouvaient être satisfaisantes. Les travaux récents des ethnologues ont, en effet, révélé le perpétuel dynamisme des ethnies océaniennes pour lesquelles... " l'acculturation n'est pas un phénomène récent, mais une caractéristique permanente... et cela est peut-être plus vrai encore aux Nouvelles-Hébrides qu'ailleurs " (J. GUIART : 1956b, p. 225). Il serait vain, pour ces raisons, d'espérer que l'archéologie puisse, dans un avenir proche, brosser le tableau simple, complet et cohérent d'une préhistoire néo-hébridaise, divisée en plusieurs phases synchroniques et diachroniques. Il importe dans l'immédiat de rechercher et de préciser des ensembles d'éléments culturels, encore insuffisants pour une parfaite connaissance de cette préhistoire mais significatifs pour expliquer le rôle des anciennes civilisations hébridaises dans l'élaboration du monde océanien et, inversement, l'apport des autres ethnies océaniennes aux civilisations néo-hébridaises. Des groupes humains, polynésiens par les caractères physiques et la langue, sont en effet dispersés dans le sud et le centre de l'archipel. Cette présence n'est probablement que le résultat de voyages entrepris par des Polynésiens occidentaux qui avaient choisi leur itinéraire ou qui avaient manqué le but qu'ils s'étaient proposé, elle n'est pas la conséquence des premières migrations polynésiennes parties à la découverte des régions orientales. Ces polynésiens, semi-polynésiens depuis leur métissage dans ces îles mélanésiennes, conservent en effet, sous une forme plus ou moins mythique, le souvenir de leur pays d'origine. L'hypothèse d'une présence polynésienne, ou proto-polynésienne, à l'aube des civilisations néo-hébridaises fut formulée par des linguistes qui pensaient que les Nouvelles-Hébrides, comme les îles Salomon, pouvaient avoir été " le berceau des dialectes polynésiens " (Tadeusz Milewski : 1947, cité par A. GODLFWSKI : 1964, p. 81). Plus récemment, G. W. GRACE : 1964, p. 367-368, en se fondant principalement sur des études glottochronologiques supposa que les langues austronésiennes étaient parlées dans la plus grande partie de la région centrale des Nouvelles-Hébrides (région Efate-Epi), que ces langues auraient atteint les îles Fidji, la Polynésie occidentale, puis la Polynésie orientale. Les langues micronésiennes, excepté celles des Mariannes et des Palaos, auraient également une origine néo-hébridaise. Pour Isidore Dyen, la différenciation des langues austronésiennes serait plus ancienne : 2 500 avant J.-C. et aurait donné naissance aux langues malayo-polynésiennes, les langues austronésiennes proprement dites ne s'étant conservées que dans des groupes peu nombreux et très dispersés. Ces langues malayo-polynésiennes se seraient différenciées dans une région de la Mélanésie insulaire qui est, pour G. P. Murdock, la région des Nouvelles-Hébrides et des îles Banks : Dyen et Murdock, cités par SHUTLER et SHUTLER : 1967, p. 93. Ces langues auraient ensuite essaimé vers les Fidji et la Polynésie d'une part, et d'autre part, vers les Carolines, vers les îles Salomon et la côte nord-est de la Nouvelle-Guinée. Pour S. A. WuRm : 1967, une langue " proto-océanique ", dérivée de l'austronésien, se serait formée sur la côte nord de la Nouvelle-Guinée et dans les îles voisines nord-orientales. Déjà influencée par des migrations indonésiennes, cette langue proto-océanique se serait en partie modifiée au contact des langues locales (non-austronésiennes), une seconde partie, non modifiée, se serait répandue dans les îles Salomon et aux Nouvelles-Hébrides d'où elle rayonna vers le Pacifique oriental par l'intermédiaire des Fidji. Plus tard, des immigrants mélanésiens, parlant une langue austronésienne déjà modifiée, seraient arrivés aux NouvellesHébrides, puis aux Fidji. Cette dernière théorie a l'avantage de tenter d'expliquer les différences raciales qui existent entre les Polynésiens et les Mélanésiens en dépit de leur appartenance à la même famille linguistique. Elle s'accorde avec celle, déjà citée, des archéologues qui supposent l'existence d'une première migration proto-polynésienne aux îles Fidji, antérieure à l'arrivée des Mélanésiens et porteuse de la poterie de type " Lapita-Watom ", hypothèse également soutenue par certains anthropologues comme W. W. HOWELLS : 1933, cité par Wurm (opus cité). Comme les deux précédentes enfin, cette théorie linguistique considère les Nouvelles-Hébrides comme une zone clef pour la compréhension des processus de peuplement du Pacifique sud. Il appartenait aux archéologues de chercher dans le sol de cet archipel, situé sur le chemin qui conduit des îles Salomon aux Fidji et à la Nouvelle-Calédonie, les traces de l'éventuel passage de ces proto-polynésiens, il leur appartenait également d'essayer de préciser les caractères et l'origine des cultures proprement mélanésiennes et de les situer, dans le temps, par rapport à cette hypothétique civilisation proto-polynésienne. Ces deux objectifs principaux devaient orienter la démarche d'une première enquête sur les temps très anciens de la préhistoire néo-hébridaise. Ils ne devaient pas, pour autant, faire négliger l'étude d'une période moins archaïque dont le souvenir vit encore dans le dédale des traditions. 1-1-3 : HISTORIQUE DES RECHERCHES ENTREPRISES Richard Shutler, ancien assistant de E. W. Gifford avec qui il collabora notamment pour l'étude archéologique de la Nouvelle-Calédonie (GIFFORD et SHUTLER, jr. : 1956), avait pensé qu'il était très urgent d'explorer la préhistoire néo-hébridaise, les résultats d'une telle exploration devant permettre " une meilleure compréhension des origines et de la dispersion des populations mélanésiennes et de leurs relations avec les Polynésiens " (M. E. SHUTLER et R. SHUTLFR jr. : 1965, p. 1). Indépendamment de ce chercheur américain, Jean Guiart, ethnologue spécialisé depuis longtemps dans l'étude des populations Néo-Calédoniennes et Néo-Hébridaises, était arrivé à une conclusion analogue (J. GUIART : 1961). Ils se rencontrèrent au Xème congrès des sciences du Pacifique pour définir un programme de recherches aux Nouvelles-Hébrides et pour soutenir le projet d'une mission conjointe franco-américaine. En 1963 et 1964, Mary Elisabeth Shutler et Richard Shutler jr. se sont attachés, sous l'égide du B. P. Bishop Museum, à l'étude des îles du sud : Aneityum, Tanna, Aniwa, Futuna, Erromango et Efate (zone de Port-Vila). Ils publièrent un rapport préliminaire de leurs travaux en 1965 (opus cité). En 1966-1967 M. E. Shutler et R. Shutler étendirent le champ de leurs recherches au groupe des îles du Nord. Les résultats des recherches conduites dans le centre de l'archipel, et dont Jean Guiart fut le promoteur, font l'objet de la présente publication. Un premier séjour de six mois (avril-octobre 1964), fut consacré à l'étude de la zone nord d'Efate, à celle des îles Makura et Tongoa (groupe des îles Shepherd). Les résultats alors obtenus et exposés sous forme de rapports préliminaires (J. GARANGER : 1966a et b), justifièrent l'entreprise d'une seconde mission (octobre 1966-octobre 1967). Ces deux missions n'auraient pu être effectuées sans le soutien du Professeur André Leroi-Gourhan, Professeur au Collège de France et directeur du Centre de Recherches Préhistoriques et Protohistoriques de la Sorbonne, ni sans le soutien du Professeur Jean Guiart, Professeur à la Sorbonne et directeur, au CNRS, de la " recherche coopérative sur programme n°27 " et du Centre Documentaire pour l'Océanie, ni sans l'aide et l'appui financier de l'Office de la Recherche Scientifique et Technique Outre-Mer (O.R.S.T.O.M.) et du Centre National de la Recherche Scientifique (C.N.R.S.). C'est à ces deux professeurs et aux directeurs de ces deux grands organismes de recherche que je dédie les résultats de mon travail et, aussi, à mes collègues préhistoriens et archéologues de France et du Pacifique, aux administrateurs du condominium Franco-Britannique des Nouvelles-Hébrides, à mes amis Européens et Autochtones, à tous ceux, en un mot, qui ont bien voulu me soutenir et m'aider dans ma tâche. 1-2 PREMIÈRE APPROCHE DE L'ARCHIPEL NÉO-HÉBRIDAIS 1-2-1 : LE MILIEU NATUREL L'archipel néo-hébridais (fig. n° 4), long de 900 km environ, a la forme d'un Y orienté du sud-est au nord-est. La latitude 131, sud passe au nord de l'île la plus septentrionale : Hiu (îles Torrès), la latitude 200 30 passe au sud de l'île la plus méridionale : Aneityum. L'archipel est compris entre les longitudes ouest 166° 30 et 170° 20. Il comprend quatre-vingts îles environ dont la surface totale approche de 13 000 km2. Deux îles seulement ont une surface supérieure à 2 000 km2 - Espiritu Santo (4 200 km2) et Malékula (2 080 km2). Cinq îles ont une surface comprise entre 500 et 900 km2 : Efate, Ambrym, Erromango, Tanna et Pentecôte, quatre îles : Épi, Aoba, Vanua Lava et Maewo, ont une surface inférieure à 500 km2 et supérieure à 200 km2. (J. Guiart in : H. DESCHAWS et J. GUIART, 1957, p. 211). 1-2-1-a : LE CLIMAT La nature insulaire et la situation intertropicale des Nouvelles-Hébrides confèrent à cet archipel un climat chaud, humide et pluvieux (fig. n' 2 et 3). La moyenne des températures avoisine 30° pendant l'été austral et 25° du mois de mai au mois d'octobre. Ces valeurs varient légèrement avec la latitude et davantage avec l'altitude. Les écarts journaliers sont faibles : 6 ou 7°, selon la saison. L'humidité relative moyenne est élevée : " elle atteint 90,9% à Santo, en février, à Port-Vila 91,7% en septembre (mesurée à 5 heures); elle descend en août à Santo à 80,3 % et à Vila à 80,7% (mesurée à 17 heures) " : J. Guiart, in H. Deschamps et J. Guiart, opus cité p. 215. Ces pourcentages élevés et les températures également élevées rendent malaisé l'équilibre humain de la thermo-régulation et " l'ambiance " souvent inconfortable, ces notions d'ambiance et de confort étant utilisées dans le sens qu'elles ont en climatologie médicale (cf. Ch. P. PEcuy : 1961, p. 163-164). Un bilan thermique moins élevé rend les nuits hivernales plus agréables. Les précipitations sont abondantes et fréquentes. La hauteur d'eau annuelle peut atteindre plus de cinq mètres à Santo. Les moyennes mensuelles varient au cours de l'année et selon l'exposition aux vents dominants. Dans les îles septentrionales, elles sont très abondantes pendant l'été austral, lorsque les dépressions tropicales abordent l'archipel par le nord-ouest ou le nord-est. Les pluies orographiques sont fréquentes tout au long de l'année et plus abondantes dans les régions exposées aux vents alizés du sud-est (cf. fig. 2). Les variations sont donc saisonnières et régionales. Les mois d'été sont les plus pluvieux, avec un maximum en février-mars. Le minimum pluviométrique apparait généralement en juin et septembre. Les moyennes pluviométriques augmentent de valeur du sud au nord et de l'ouest à l'est de l'archipel. Le nombre de jours de pluie par mois est rarement inférieur à quinze, il dépasse toujours 20 jours pendant les mois d'été. Les averses sont très souvent violentes et soudaines : le 13 juin 1967, par exemple, il est tombé trente centimètres d'eau en trois heures sur Pentecôte (BIRF : n° 52, 1967). Les moyennes totales annuelles sont variables et certaines années sont caractérisées par des périodes anormalement sèches, ainsi, les îles Shepherd furent privées d'eau pendant plusieurs mois d'hiver en 1966 et l'ensemble de l'archipel a souffert d'une exceptionnelle sécheresse du mois de juillet au mois d'octobre 1968 (BIRF n' 45 et 46, 1968). L'archipel est situé au centre de la zone comprise entre l'Australie et la longitude des îles Tonga, zone connue pour la fréquence et la rapidité des systèmes dépressionnaires qui s'y déplacent. La moyenne annuelle des cyclones tropicaux y est de six à sept. Ils peuvent donner naissance à des vents de plus de 250 km/h. " Le niveau de la mer peut s'élever rapidement de deux ou trois mètres quand la marée de tempête coïncide avec la marée normale ", (F. DOUMENGE : 1966, p. 22), le paysage littoral est alors profondément bouleversé. 1-2-1-b : LA STRUCTURE ET LES PAYSAGES L'archipel néo-hébridais (fig. n° 4), se dresse entre deux fosses marines très profondes qui limitent la zone dite " ligne andésitique " (A. LACROIX : 1940a et b), le bassin intra-Pacifique à l'est et la zone circum-Pacifique à l'ouest. L'orogénèse commence à l'oligocène dans le nord-ouest de l'archipel où la présence d'un socle plutonique est attestée par l'existence de zones de métamorphisme de contact. Elle est plus tardive ailleurs: miocène au nord, pliocène au centre et au sud de l'archipel. Elle est caractérisée par une succession de subsidences avec sédimentation détritique ou calcaire et d'exhaussements accompagnés de cassures et de phénomènes volcaniques violents. Les régions mises en place à partir de l'oligocène auraient connu trois de ces phases orogéniques tandis que les autres régions n'en auraient connu que deux au cours du pliocène et du pleistocène. Cette instabilité tectonique tertiaire et pleistocène caractérise encore la période actuelle. Seize volcans ont été ou sont encore en activité depuis 1800 (Williams in " WILLIAMs et WARDFN " : 1964, opus cité, p. 41-42), dont neuf volcans sous-marins. De petites îles sont nées qui ont disparu. Des phénomènes post-volcaniques se manifestent dans neuf îles au moins. L'activité volcanique semble d'ailleurs s'intensifier depuis 1960 (F. DOUMENGE : 1966, p. 43). Les séismes sont fréquents et paraissent liés, d'ailleurs, à ce volcanisme d'orogénèse (C. BLOT et R. PRiAm 1962 et 1963). En 1963, 1390 séismes ont été localisés aux Nouvelles-Hébrides (19), dont 96 avaient une force Mercali variant entre 2 et 7; 865 en 1964 (61 avec des forces de 2 à 6) : M. BENOIT : 1966. Leur nombre s'est élevé à 1920 en 1967 (BIRF, 8* année : 1968, nO 2). Ces séismes, lorsqu'ils sont forts, peuvent avoir pour corollaire un rejeu des blocs le long des failles anciennes, c'est ainsi que le nord de Malekula s'est soulevé de plus de un mètre en 1965 (A.H.G. MITCHEL : 1966, p. 37), il en fut de même pour le sud d'Épi en 1966. Éruptions, effondrements et séismes sous-marins, proches ou lointains, ont pour conséquence la formation d'ondes solitaires ou tsunamis. Ces " raz de marée " peuvent donner naissance, près des côtes, à " d'énormes vagues de déferlement d'une hauteur de près de vingt mètres " (F. DOUMENGE : 1966, opus cité, p. 30), d'autant plus dévastatrices que les îles de l'archipel ne sont pas protégées par une barrière récifale, mais seulement bordées d'un récif frangeant... quand elles ne se dressent pas, dépourvues de plate-forme continentale, à pic au-dessus des profondeurs océaniques. Iles jeunes et encore instables, " îles de cendre et de corail ", selon l'heureuse expression du géologue Aubert de la Rüe, leur morphologie est généralement d'origine volcanique, formes de construction : cônes, coulées, champs de scories, et de destruction : cratères, caldeiras ou dépressions plus complexes, nées du rejeu des blocs faillés sous l'action du volcano-tectonisme. Les plateaux de calcaires coralliens soulevés sont leur deuxième aspect, mais qui caractérise surtout les plus grandes d'entre elles, plateaux très souvent karstifiés comme le sont également les calcaires compacts du miocène lorsque le métamorphisme de contact ne les a pas altérés. Vus d'avion, la plupart de ces reliefs apparaissent revêtus d'un épais manteau végétal qui varie avec la latitude, l'altitude et la nature du sous-sol : forêt redevenue vierge ou plus ou moins dégradée et qui, parfois, fait place à la savane : ici, au contraire, surgissant de la forêt ou perdu au milieu des flots, le squelette dénudé d'un ancien volcan, là, le paysage lunaire de la grande caldeira d'Ambryni tapissée de scories. Les hautes croupes et les plateaux, modelés dans les matériaux éruptifs ou sédimentaires, sont entaillés de gorges très profondes, creusées par les eaux courant à la recherche de leur profil d'équilibre. Les véritables plaines sont rares dans ce relief juvénile, limitées aux zones de subsidence comblées d'alluvions et aux vallées inférieures des plus grandes rivières. Hors de ces plaines, marquées du quadrillage des cocoteraies européennes, et des récents hameaux indigènes, seule la tête ronde des banyans qui dominent le manteau végétal peut indiquer la présence probable d'un ancien site d'habitat. La prospection archéologique n'est guère plus aisée au niveau du sol. Les zones côtières sont généralement bouleversées par les agents naturels quand elles ne le sont pas par l'activité humaine contemporaine. Les sols, lorsqu'ils ne sont pas mis en culture, sont ensevelis sous un enchevêtrement moussu de racines de bourao, sous les fougères ou les pandanus, Les zones intérieures des grandes îles sont, elles, difficilement pénétrables et la prospection des anciens sites y est généralement vaine. 1-2-1-c : LE " CHERCHEUR " ET LES ILES On a beaucoup écrit sur les difficultés que l'homme en général, et l'Européen en particulier, rencontrent aux Nouvelles-Hébrides : mer tourmentée et capricieuse, côtes d'un accès souvent périlleux, cheminement difficile dans les zones intérieures, chaleur et humidité, faune pathogène, difficultés d'adaptation à des communautés ethniques dont la civilisation, la langue, le niveau économique sont différents et sur qui pèse le poids d'une acculturation trop précipitée. Il serait hors de propos de s'attarder sur ces notions déjà fréquemment développées et, toujours, avec un pessimisme beaucoup trop excessif. L'hostilité du milieu naturel n'est pas un caractère propre à l'archipel des Nouvelles-Hébrides, il est commun à toutes les îles tropicales du Pacifique hors des zones choisies et aménagées pour le confort des Européens. L'adaptation au milieu humain n'est impossible que si le chercheur s'abandonne à deux attitudes aussi différentes que malheureuses : celle de l'homme qui veut, à tout prix, maintenir le prestige qu'il croit inhérent à sa qualité d'Européen et celle du chercheur qui, naïvement, pense convenable et possible de changer brusquement de nature pour s'identifier au groupe qui le reçoit. L'Européen et l'Autochtone n'ayant en commun que leurs qualités d'hommes, le chercheur n'a que l'effort d'affermir en lui ces qualités pour que les relations avec ses hôtes soient humainement des plus satisfaisantes et pour que son travail ait quelque chance de succès. Plus importantes à considérer sont les particularités du milieu naturel. Le climat, les difficultés de transport sur terre et sur mer, l'éloignement de tout centre européen dans l'isolement des îles nécessitent une préparation sélective du matériel à transporter et des moyens de le protéger -et de protéger les documents recueillis - contre les intempéries. Les notions de poids et d'encombrement conditionnent nécessairement le choix de ces impédiments. Ces obligations restrictives d'une part, la pluie toujours à craindre d'autre part, et qui ruine bien souvent les structures qui viennent d'être mises au jour, font qu'il est trop rarement possible, malheureusement, de conduire les fouilles et d'assurer l'enregistrement des documents avec toute la minutie souhaitable. Quelle que soit la qualité des sites, le temps est toujours compté pour décider s'il convient d'agir rapidement ou de prendre le risque de s'attarder. Les nombreux phénomènes locaux, anciens ou récents, ayant pu affecter la disposition naturelle des couches fractures, subsidences ou exhaussements, ennoyage fréquent des zones côtières, compliquent singulièrement l'étude stratigraphique des sites, stratigraphie déjà-peu déchiffrable, en général, du fait des remaniements profonds des sols par les façons horticoles propres à ces régions, par le fait, aussi, d'une pédogénèse très active. L'archéologue est trop souvent contraint à travailler en stratigraphie artificielle. Les grands cataclysmes, cependant facilitent parfois l'interprétation de la stratigraphie. C'est ainsi que dans deux sites, à Makura et à Mangaasi (Efate), une épaisse couche de sables stériles protégeait les plus anciens niveaux contre tout risque de remaniement au cours des périodes plus récentes. Les éruptions volcaniques elles-mêmes et leurs projections de matériaux pyroclastiques, jouent, à Tongoa, un rôle protecteur identique. Ces matériaux, projetés au loin sur des zones en repos ou transportés par les courants marins sur les différentes plages des îles du Pacifique occidental (cf. A. LACROIX : 1939), constitueraient un excellent repère stratigraphique pour peu que l'on puisse, d'une part, dater les éruptions elles-mêmes, et, d'autre pait, déterminer l'origine de ces matériaux par leur étude minéralogique. De telles études viennent d'être entreprises à Nouméa par deux géologues du C.N.R.S. et de l'O.R.S.T.O.M., F. Baltzer et H. Gonord, qui tentent d'établir des corrélations entre les niveaux ponceux repérés dans les sablières de la côte ouest de la Nouvelle-Calédonie et les éruptions les plus violentes des volcans néo-hébridais. Une telle collaboration entre géologues et archéologues apparaît, pour l'avenir, comme devant être fort profitable à l'une et l'autre de ces deux disciplines. 1-2-2- : L'INCURSION DES EUROPÉENS 1-2-2-a : LA PÉRIODE HISTORIQUE En 1568, Mendafia découvre les îles Salomon qu'il suppose être un pays riche et digne d'être colonisé. Il y séjourne six mois, puis tente, pendant vingt-cinq ans, d'obtenir des crédits pour -une nouvelle expédition auprès de la cour d'Espagne et de son oncle : le vice-roi du Pérou. Il peut enfin repartir en 1595, découvre les îles Marquises mais manque les îles Salomon et touche Santa Cruz où il meurt. Queiros, son second, ramène l'expédition en passant par la route de Manille. En 1606, Queiros retraverse le Pacifique, croise dans la région des îles Banks et arrive en vue d'une grande île qu'il croit être le continent austral si longtemps cherché, il la nomme : " Australia del Espiritu Santo " et y séjourne cinq semaines dans la baie de Saint-Philippe et Saint-Jacques, mais doit fuir devant l'hostilité croissante des indigènes. Le lieu exact et les traces de son installation restent à découvrir malgré ce qu'ont pu prétendre certains découvreurs dont les conclusions trop hâtives sont toujours contredites. Sa présence n'a guère influencé la population de l'archipel non plus que celle des grands navigateurs qui croisèrent, après lui, dans ces parages, à la recherche du continent austral. Seul Cook, en 1774, semble avoir laissé, comme souvent, un souvenir plus durable à Tanna. En mai 1826, Peter Dillon découvre du bois de Santal à Erromango (cf. DAVIDSON : 1956). En 1829, arrivent les premiers santaliers. Ces troqueurs, hormis quelques hommes exceptionnels, comme J. Paddon, étaient rarement de moeurs honnêtes. Leur trafic, d'abord limité aux îles du sud, " coûtait cher en vies humaines ", de leur côté comme du côté des Autochtones, (G. S. PARSONSON : 1956, p. 108). Les armes à feu, l'alcool et les épidémies étaient introduits aux Nouvelles-Hébrides dont la population diminuait considérablement dans les régions touchées. En 1828 et 1842, la maladie extermina " le tiers de la population d'Erromanga et d'Anatom et peut-être aussi de Tanna " (Parsonson, opus cité, p.108). En 1861, la rougeole cause la mort de onze-cents habitants d'Anatom et les deux tiers de ce qui restait de la population d'Erromango disparaît (P.O'REILLY : 1956, p. 13-15). Une exploitation intense épuise rapidement les forêts des îles du sud ce qui conduit les santaliers vers les îles plus septentrionales, l'activité des troqueurs affecta " ainsi au cours d'un demi-siècle la totalité des Nouvelles-Hébrides ". (J. GUIART: 1957, p. 243). Vers 1840, les plantations des Fidji et du Queensland souffrant du manque de main-d'oeuvre, les recruteurs commencèrent à sévir dans l'archipel néo-hébridais. Dès 1847, un premier contingent d'hommes de Tanna est expatrié vers l'Australie. Le trafic prend toute son ampleur pendant la guerre de Sécession, les manufacturiers, qui manquent alors de coton, se préoccupent d'en développer la culture aux îles Fidji et dans le Queensland australien où la main-d'oeuvre est de plus en plus rare (cf. D. L. OLIVIER : 1952, p. 109-110). Le nombre des expatriés, déportés pour la plupart, est estimé à vingt-mille en 1882 (P. O'REILLY, opus cité, p. 22), ce chiffre ne tient pas compte du nombre des Autochtones que des recruteurs frauduleux, sur le point d'être surpris par les navires de guerre chargés de contrôler leur activité, firent périr en mer, en les immergeant, attachés à des chaînes. John Williams, missionnaire de la London Missionary Society, visite Futuna et Tanna le 30 novembre 1839, puis Erromango où il est assassiné par les indigènes de la baie de Dillon (cf. G. S. PARSONSON : 1956, opus cité). Ces essais d'évangélisation ne pouvaient, dès l'abord, qu'être malheureux, ils se heurtaient à des systèmes socio-religieux inconnus mais rigoureux, à une population naturellement belliqueuse et rendue profondément hostile par les agissements des trafiquants de matières premières et de vies humaines. Après avoir envoyé quelques " teachers " polynésiens dans les îles du sud, la London Missionary Society confie au Révérend John Geddie le soin de les diriger dans leur apostolat. Il s'installe à Aneityum en 1848, il y exercera pendant vingt-quatre ans, s'occupant des îles voisines et préparant l'évangélisation des îles du centre où, après de nombreux " teachers " dont le sort fut tragique, les premiers missionnaires européens s'installèrent vers 1864. L'évangélisation des îles du nord fut plus tardive. Peu à peu, des commerçants s'installèrent çà et là sur les côtes, troquant de la pacotille contre des noix de coco dont ils exportaient l'huile et le coprah préparés par leurs soins. Vers 1870, les premiers colons, généralement britanniques, commencent à s'installer sur Efate (Macleod), Epi, Ambrym et, plus tard, dans les îles du nord (cf. J. GuiART : 1957, opus cité, p. 244). La colonisation française s'intensifie sous l'impulsion de la " Société calédonienne des Nouvelles-Hébrides ", fondée par Higginson en septembre 1882. L'homme blanc n'est plus un personnage de passage ou l'occupant isolé sur un petit terrain proche d'un mouillage, il exploite des terres de plus en plus vastes, souvent acquises à un prix notoirement trop modeste. Le comportement des premiers troqueurs, les premières difficultés entre les Européens et les populations autochtones avaient, depuis longtemps, contraint les gouvernements français et britannique à manifester leur présence dans l'archipel. Les progrès d'une colonisation hétérogène, l'appropriation trop souvent abusive des terres, la diversité des ambitions individuelles et des rivalités politiques, exigèrent bientôt l'installation sur place, d'un pouvoir administratif. Après divers tâtonnements, cette administration prit la forme, unique au monde, d'un condominium franco-britannique (convention de 1906), elle devait prendre soin des intérêts de chaque ressortissant des deux puissances signataires. En 1922 seulement, les intérêts des populations autochtones devenaient l'une des charges de cette administration. 1-2-2-b : LA PRÉHISTOIRE ET LES HOMMES L'histoire de l'archipel néo-hébridais n'est donc encore que celle des Européens. Cette arrivée des NéoHébridais dans l'histoire, il n'y a guère plus d'un siècle et demi, fut trop souvent douloureuse, les cicatrices des premiers chocs traumatiques ne sont pas toutes fermées malgré les efforts de quelques hommes de qualité, missionnaires, colons ou administrateurs, soucieux de maintenir l'équflibre entre les forces souvent contraires, tout en donnant ce que nos civilisations peuvent apporter sur un plan économique et culturel. Aucune civilisation ni aucun homme ne peut vivre sans passé. Le malaise est grand dans ces îles mélanésiennes où le passé des hommes fut trop brutalement voué aux enfers, où le présent n'est qu'une incessante hésitation entre le désir de s'opposer et l'effort de s'adapter à des pensées religieuses, à des principes d'autorité, à des systèmes socio-économiques étrangers. " Complexe de frustration " a-t-on dit (E. F. HaNNEMAN, cité par J. POIRIER, 1949, p. 102), et qui peut être à l'origine des mouvements d'aspect messianiste en Mélanésie insulaire, tel le mythe de John Frum à Tanna... " qui n'a été qu'un moyen, qu'une méthode d'action dont la forme s'est appliquée à suivre le contour des choses " (J. GUIART : 1956c, p. 259), complexe de frustration, mais frustration, non seulement de l'autorité traditionnelle ou des avantages matériels d'une société industrialisée, frustration du passé culturel également. La redécouverte de ce passé par les recherches archéologiques pourraient être plus fructueuses que les expériences irrationnelles des mouvements de libération par le renouvellement et la transformation des mythes. Ce n'est pas là simple spéculation de l'esprit, les résultats acquis au cours de ces deux missions archéologiques n'auraient pu l'être sans le concours des Autochtones. Une fois qu'il leur fut démontré que les recherches préhistoriques pouvaient aider à confirmer et à préciser la véracité de certaines de leurs traditions, ils devinrent eux-mêmes des assistants très attentifs et actifs, et à ce point intéressés que plusieurs sites ont été étudiés parce qu'ils le demandaient. Puisse ce premier essai les aider quelque peu dans la quête de leur passé, puissent, certains d'entre eux, découvrir et écrire eux-mêmes, bientôt, leur propre histoire! 1-2-2-c : LES PREMIERS DOCUMENTS DE PRÉHISTOIRE, Les premiers voyageurs, les premiers missionnaires, ont laissé des documents (textes et iconographies), qui concernent la période des premiers contacts entre Européens et Néo-Hébridais, période que l'on peut considérer comme la protohistoire de l'archipel. Nous nous y reporterons autant de fois qu'il sera nécessaire, il paraît cependant inutile d'alourdir la bibliographie de tous ces ouvrages. La bibliographie analytique établie par le Révérend Père Patrick O'Reilly (1958), étant suffisamment exhaustive pour permettre à quiconque de s'orienter dans ce domaine. Les premiers travaux des ethnologues sont eux-mêmes fort utiles. Les théories relatives aux origines et aux anciennes migrations des Néo-Hébridais (quand ces problèmes sont abordés), doivent cependant être considérées avec beaucoup de prudence. Quelle que soit en effet la valeur de leurs auteurs, ceux-ci ne pouvaient disposer que de matériaux encore trop peu nombreux. Les recherches postérieures se sont d'ailleurs heureusement dégagées de ce souci trop hâtif de synthèses régionales et extra-régionales, pour s'attacher à l'étude approfondie de problèmes particuliers, en réservant, pour l'avenir, la mise en comparaison des connaissances ainsi acquises. Parmi ces derniers travaux, ceux qui concernent les grands cycles mythiques et l'histoire légendaire, il s'agit notamment des travaux de J. Guiart (1966), sont des plus précieux pour orienter l'archéologue dans sa recherche du passé le plus proche! Les textes recueillis et commentés par cet auteur guidèrent. avec succès, mes recherches sur le terrain : cf. infra, sections 2-1-6, 2-3-1 et -2, 3-2-3. Les documents proprement archéologiques sont extrêmement peu nombreux. La bibliographie, déjà citée, du Père P.O'Reilly (p. 95), ne comporte que neuf titres d'ouvrages qui totalisent seulement cent quarante et une pages. Quelques " mégalithes " y sont décrits, une sépulture et quelques rares tessons de poterie découverts à Malekula, à Tongoa, Emae et Nguna. Plus récemment, Bernard Hébert, administrateur de la France d'Outre-Mer et qui vécut six ans aux Nouvelles-Hébrides, a publié les matériaux qu'il recueillit au cours de ses deux séjours dans l'archipel (B. HEBERT : 1965). La localisation précise des pièces publiées : soixante-dix-huit tessons dont quatre du type Lapita-Watom et quatorze objets divers, donne, avec des remarques sur la nature de certains sites, tout son intérêt à cet article. L'auteur avait bien voulu me confier, à Nouméa, l'ébauche de son manuscrit. La conversation que nous eûmes, à cette époque, juste avant mon départ pour les Nouvelles-Hébrides, me fut des plus profitables pour entreprendre mes recherches. 1-2-3 : STRATÉGIE ET TACTIQUE 1-2-3-a : LES OBJECTIFS A l'arrivée des Européens, les potiers étaient encore actifs et leur technique peut être étudiée aux îles Fidji et en Nouvelle-Calédonie, leur art avait disparu déjà aux îles Salomon et dans une grande partie des Nouvelles-Hébrides (CODRINGTON : 1891, p. 315). Sur la côte occidentale de Santo, à Nogugu et Wusi, la technique moderne, étudiée par J. Guiart et plus récemment par M.-E. Shutler, diffère de la technique océanienne traditionnelle (modelage ou colombins mais avec emploi d'un dégraissant) : " tout ce qui pourrait au contraire servir de dégraissant est soigneusement éliminé "... alors que Speiser avait, à l'époque de ses recherches, noté son emploi dans la même région (J. GUIART : 1956, p. 44-47). Il en résulte une poterie grossière et très fragile. L'un des objectifs des recherches entreprises était de tenter de préciser l'époque de l'abandon de la céramique dans le centre de l'archipel. Douceré signale que la poterie n'était plus façonnée à l'époque des premiers missionnaires. Les tubercules entiers étaient rôtis sur la braise ou des pierres chaudes, les nourritures plus élaborées étaient cuites dans des plats de bois où l'on jetait des pierres brûlantes, ou à l'étouffée dans le four canaque, ou à l'intérieur de sections de bambous verts mais " qu'autrefois, cette industrie avait dû exister " (Mgr V. DOUCERÉ, 1924, p. 27), ce dont témoignaient les trouvailles de quelques tessons déjà signalées aux îles Shepherd, à Emae et à Nguna. Les contacts avec les premiers Européens, les baleiniers en particulier, qui visitèrent probablement l'archipel dès le milieu du XVIIIème siècle, pourraient expliquer cet abandon de la poterie. Nous ne savons pratiquement rien de ces baleiniers anonymes qui oeuvrèrent dans le Pacifique sud et aucune information ne permet de confirmer ou d'infirmer une telle hypothèse. Il est pour le moins surprenant qu'aucun Autochtone ne conserve le souvenir des temps où la poterie était façonnée ni des techniques employées. Certaines traditions sembleraient enfin confirmer que cet abandon est relativement ancien. C'est ainsi qu'à propos du cycle de Roy Mata (cf. : infra, section 2-1-6), il n'est pas fait mention de l'emploi d'une poterie pour faire chauffer de l'eau de mer destinée aux malades, mais d'une coque de noix de coco chauffée sur des pierres chaudes (J. GUIART : 1966, Lelepa, p. 9). Ailleurs, (J. GUlART : opus cité, Mele, p. 7), Soghoman, grand guerrier légendaire de Mele, " ramasse à terre un morceau de poterie, fragment du vase de Maui Tikitiki ". C'est à ce héros polynésien, " pêcheur d'îles, qu'on attribue l'origine des fragments de poterie trouvés en terre " (J. GUIART : opus cité, Mele, p. 14). Il importait également de découvrir des sites qui permettraient d'obtenir un échantillonnage suffisant de tessons, pour préciser les diverses traditions céramiques du centre de l'archipel, leur chronologie, leurs relations réciproques, leur origine et leurs rapports avec les autres traditions déjà connues et étudiées dans le Pacifique occidental. Les résultats ainsi acquis, de même que les autres documents mobiliers et les structures mises au jour, pourraient éclairer, non seulement la préhistoire néo-hébridaise, mais la préhistoire des autres archipels proches ou lointains. Enfin, l'existence éventuelle (bien que peu probable) d'un âge pré-céramique était à vérifier. En ce qui concerne les périodes les plus récentes, l'enquête archéologique devait tenter de vérifier la véracité de certaines informations orales. Dans ce monde sans écriture, et plus que partout ailleurs, la collaboration de l'archéologue et de l'ethnologue est indispensable pour la recherche du passé. Dans ce " laboratoire expérimental " qu'est l'Océanie pour l'ethnologue, celui-ci se trouve aux prises avec des traditions encore vivantes, mouvantes, complexes, souvent contradictoires d'un groupe à l'autre parce qu'intentionnellement gauchies par chacun d'eux à son profit, traditions, de surcroît, désorientées par l'impact de la pensée occidentale. Si ce premier travail de l'ethnologue est un précieux guide pour le préhistorien qui aborde un terrain vierge de toute recherche archéologique systématique, celui-ci peut, en retour, essayer de retrouver les traces de certains faits que les traditions recueillies avaient laissés dans le doute ou l'imprécision et tenter de les localiser dans le temps et dans l'espace. L'importance des travaux ethno-historiques que J. Guiart avait déjà effectués dans cette région de l'archipel, justifiait l'entreprise d'une telle expérience. 1-2-3-b : LA PROSPECTION DES SITES La prospection de certains sites fut facilitée par les indications de B. Hebert (cf. : p. 16) ainsi : Erueti et Mele à Efate, Mangarissu à Tongoa, site dont J. Guiart m'avait également signalé l'existence. J. Guiart, comme B. Hebert, avait trouvé quelques tessons de poterie dans le village de Makura. La prospection des autres sites, non encore repérés, fut lente et difficile. La couverture végétale, généralement très dense, rend peu utile l'étude des photographies aériennes. Certaines zones observées sur la carte ou sur le terrain, paraissaient propices à l'ancienne installation d'un site d'habitat : mouillages plus aisés qu'ailleurs et mieux protégés de la houle, accès plus facile, également, depuis les régions voisines, présence d'une source ou d'un torrent à débit relativement constant, phénomène rare dans ces îles qui manquent d'eau malgré une pluviométrie très élevée. L'expérience révéla que ces zones n'avaient que très peu été habitées. C'est que ces populations belliqueuses choisissaient, dans un souci de protection, les sites difficilement accessibles mais d'où la vue embrassait un horizon aussi large que possible. L'îlot Mele, sec et inconfortable, était un abri sûr contre les incursions des guerriers de la grande terre d'Efate et permettait de contrôler toute la baie de PortVila, depuis la pointe du Diable jusqu'à la pointe Pango. Le site de Mangaasi, l'un des plus riches, est, vers l'intérieur, cerné par de hautes falaises, il est très difficilement accessible en pirogue dès que la mer est quelque peu agitée mais il permet de surveiller l'ensemble du bassin de Port-Havannah et les passages entre la pointe Tukutuku, l'ilôt Retoka et Lelepa. La basse vallée du Creek AI, au contraire, fut inhabitée, elle est large, accueillante, l'une des mieux arrosées d'Efate et débouche sur un excellent mouillage, accessible en tout temps. Certains anciens villages sont connus des Autochtones mais, du fait de la dispersion et de la mobilité des anciens habitats, la localisation du site est toujours imprécise et celui-ci est rarement le dernier niveau d'une stratigraphie plus profonde. La marche et la quête des indices superficiels restent la seule méthode de prospection et, la densité des tessons repérables en surface, la seule indication d'un site qu'il peut être utile de sonder. Malheureusement, ces tessons n'apparaissent généralement que là où le sol est cultivé, ce qui interdit toute investigation profonde. Des sondages étaient alors effectués dans la brousse ou les jardins les plus avoisinants et laissés en jachère. Ils étaient pratiqués le long d'un axe plus ou moins arbitraire, par rectangles de un mètre cinquante sur deux mètres de côté, irrégulièrement alternés, et par couches de vingt centimètres d'épaisseur. Lorsque l'un de ces sondages se révélait plus heureux, la fouille était étendue à partir de ce point, parallèlement et perpendiculairement à l'axe principal et, horizontalement, au niveau de la couche repérée. Il est évident qu'une telle méthode est lente, coûteuse en énergie et souvent décevante mais c'est la seule dont on puisse disposer dans ces îles tropicales encore vierge de toute recherche archéologique. 1-2-3-c : L'ÉQUIPE DE FOUILLI Sur le terrain, le deuxième souci d'ordre méthodologique est celui de se faire accepter et de pouvoir constituer une équipe de fouilleurs efficaces, satisfaits de leur emploi et intéressés à leur tâche. L'archéologue est un intrus dans la société autochtone. Les simples relations d'employeur à employés, sanctionnées par un échange monétaire, sont ici insufrisantes. Les océaniens sont exigeants pour ce qu est des qualités humaines et estiment très rapidement, et à son juste prix, la valeur de celui qui débarque dans leur île. S'il ne peut apporter que de l'argent, il ne récoltera que ce que vaut cet argent : un simple travai musculaire. Des liens d'une autre qualité peuvent et doivent s'établir entre le groupe et l'Étranger. Croyance et traditions veillent sous les attitudes modernisées et il y a grande indiscrétion à soulever ce voile et plus grande indiscrétion encore à toucher au domaine des morts. Il est donc non seulement nécessaire de se faire accepter mais encore indispensable d'obtenir que sa curiosité ne soit pas indiscrète et que le groupe lui. même participe à l'intérêt de sa recherche. C'est le chef du village qu'il faut voir le premier, il faut lui expliquer les motifs de sa venue et lui demander conseil : s'il se dérobe, il faut attendre. Il est bon de visiter avec lui son territoire, de commencer ainsi la prospection des sites puis de lui demander de choisir un assistant. Il est préférable que ce dernier soit d'un grade assez élevé : l'atavi du chef, par exemple, c'est-à-dire l'homme chargé de maintenir la paix. Cet homme, toujours respecté, facilitera les rapports entre les individus et les groupes voisins et évitera au chercheur de commettre des maladresses dans son comportement. Pendant quelques jours, la prospection des sites sera l'occasion de se connaître, de s'expliquer, de s'estimer. Un second assistant, choisi par le premier, sera ensuite placé sous son autorité. Lorsque vient le temps d'entreprendre les sondages et les fouilles, une équipe plus importante doit être constituée. Il est habituel que le chef local demande une rotation hebdomadaire des équipiers afin que l'argent des salaires soit équitablement réparti dans le groupe et que les différents travaux nécessaires à la vie quotidienne des familles ne soient pas trop longtemps perturbés. Il est possible d'orienter ces mouvements de main-d'oeuvre et de reprendre peu à peu, chaque semaine, des fouilleurs déjà remarqués pour leur intelligence, leur habileté et leurs qualités personnelles, favorables à un heureux équilibre de l'équipe. Cette équipe est à recréer dans chaque île mais il pourrait sembler nécessaire de conserver partout le même assistant une fois qu'on a pris la peine de le bien former et que lui-même a pris goût à la recherche. Ceci n'est possible que s'il possède de rares qualités d'adaptation car lui-même est un intrus dans les pays qui lui sont étrangers. Il lui faut le courage et le savoir d'assurer sa propre autorité sans gêner celle de la hiérarchie locale. Il risque autrement d'avoir la faiblesse de passer vainement son temps à chercher une attitude qui puisse convenir à sa situation nouvelle et de séparer l'Européen du groupe autochtone en allant de l'un à l'autre et en jouant un incessant double jeu nuisible au travail, à chacun comme à lui-même.

TABLE DES MATIERES

 

    1 INTRODUCTION GÉNÉRALE

1-1 JUSTIFICATIONS DES RECHERCHESENTREPRISES

1-1-1 La préhistoire océanienne

1-1-2 LesNouvelles-Hébrides et la préhistoire océanienne

1-1-3 Historique des recherches entreprises

1-2 PREMIÈRE APPROCHE DEL'ARCHIPEL NÉO-HÉBRIDAIS

1-2-1 Le milieu naturel

1-2-1-a Leclimat

1-2-1-b La structure et les paysages

1-2-1-c Le chercheur et lesîles

1-2-2 L'incursion des Européens

1-2-2-a : La périodehistorique

1-2-2-b : La préhistoire et les hommes

1-2-2-c : Les premiersdocuments de préhistoire

1-2-3 Stratégie et tactique

1-2-3-a :Les objectifs

1-2-3-b : La prospection des sites

1-2-3-c : L'équipe defouille

2 ÉTUDE DES SITES

2-1 : LA RÉGION D'EFATE

2-1-1Introduction

2-1-1-a : Structure et relief

2-1-1-b : La périodehistorique

2-1-1-c : Les régions archéologiques

2-1-2 Larégion centrale d'Efate

2-1-3 La région sud d'Efate

2-1-3-a :Maniura

2-1-3-b : Erueti La poterie L'outillage lithique et coquillierÉléments de parure

Conclusion

2-1-4 : La région sud-ouestd'Efate

2-1-4-a : Prospection des sites

2-1-4-b : La plaine de Mele

2-1-4-c :L'îlot Mele L'outillage lithique, coquillier et osseux, Lessépultures de l'îlot Mele, Orientation des sépultures,Parures, Chronologie et conclusion

2-1-5 La région nord et nord-estd'Efate

2-1-6 La région occidentale d'Efate

2-1-6-a : Lelepa La poterieà Lelepa, L'outillage lithique et coquillier, Lelepa, conclusion

2-1-6-b: La côte occidentale d'Efate

2-1-6-e : Mangaasi Problèmes destratigraphie, Les sépultures de Mangaasi, L'outillage lithique,coquillier et corallien, La poterie à Mangaasi, Mangaasi, conclusion

2-1-6-d : Retoka Prospection de l'îlot, La sépulture collective deRoy Mata

2-2 LA RÉGION DE MAKURA

2-2-1 Makura, Emae et le RécifCook

2-2-2 Makura, prospections et fouilles

2-2-2-a : Prospection del'île

2-2-2-b : Makura, sondages et fouilles

2-2-2-c : Makura,chronologie et conclusion

2-3 LES ILES SHEPHERD, KUWAE ET TONGOA

2-3-1 Lesîles Shepherd et la légende de Kuwae

2-3-2 Recherchesarchéologiques à Tongoa

2-3-2-a : Tongoa

2-3-2-b : Les niveauxpré-volcaniques de la côte sud-est de Tongoa Prospection dessites, Euta, Mangarisu

2-3-2-c : Les niveaux post-volcaniques à TongoaProspection des sites, La côte de Mangarisu, Le territoire de Mangarisu,Itakoma, Panita, sépultures des Matariliu et de Ti Tongoa Liseiriki2-3-3 Tongoa, essai de chronologie

2-3-3-a : Chronologie absolue etstratigraphie

2-3-3-b : Les périodes à céramique Lapoterie décorée d'incisions et de reliefs appliqués, Lapoterie d'Aknau, dite " à incisions internes ", L'outillagelithique et coquillier des périodes à céramique

2-3-3-e :Les périodes sans céramique Kuwae, Tongoa après lecataclysme

3 :RÉSULTATS ET PERSPECTIVES

3-1 : TYPOLOGIE COMPARÉE

3-1-1 : L'outillage lithique

3 1-1-a : Les herminettes

3-1-1-b : L'outillagedivers

3-1-2 L'outillage coquillier et corallien

3-1-2-a : Herminettes etherminettes gouges

3-1-2-b : Outillage divers

3-1-2-c : Le problème deshameçons

3-1-3 La céramique

3-1-3 a : Les différentestraditions

3-1-3-b : Pétrographie des dégraissants

3-1-4 Parureset mobilier funéraire

3-1-4-a : Parures

3-1-4-b : Aménagement dessépultures individuelles et mobilier funéraire

3-1-5 Typologie etorientation des sépultures

3-1-5-a : Les différents types desépultures

3-1-5-b : Les structures funéraires superficielles

3-1-5-c : Orientation des sépultures

3-2 CHRONOLOGIE

3-2-1 Lachronologie absolue

3-2-2 Les différents ensembles culturels

3-2-2-a :Le premier peuplement et la poterie dite " de Mangaasi "Évolution, Origines, Diffusion

3-2-2-b : Les cultures intrusives

3-2-2-cLa période récente et l'abandon de l'art céramique Lespirogues " venues du Sud ", Les relations avec le Nord

3-3PERSPECTIVES DE RECHERCHES

3-3-1 De l'imprécision de certainsrésultats

3-3-2 Mobilité et immobilité dans les culturesocéaniennes

3-3-3 La Micronésie et les Nouvelles-Hébrides

3-3-4 De la valeur des traditions en Océanie